50 ansCINQUANTE ANS, un demi- siècle déjà ! C’est l’âge de la maturité où nous ne sommes plus très jeunes, mais pas encore tout à fait vieux ! Nous sommes arrivés au point culminant de la courbe de la vie où nous acceptons enfin de poser les bagages pour faire le bilan de notre vie « Qu’ai- je déjà accompli durant ces cinquante années ? Est-ce que ma vie a un sens ? Quel sens ai-je donné à ma vie ? Durant les années qui me restent encore à vivre, quelle mission me reste-il à achever pour continuer à leur donner un sens ? »

Les événements politiques survenus au Laos en 1975 nous ont poussés à l’exil en France. Terre d’asile, de tradition humaniste et humanitaire, la France nous a donné une seconde chance de reconstruire notre vie ici, c’est à dire de trouver du travail, de construire une famille, d’atteindre une position professionnelle et sociale correcte, d’acquérir un patrimoine, d’assurer l’avenir de nos enfants. Mais nous n’avons sûrement pas oublié l’Histoire de notre pays ni nos racines culturelles laotiennes qui ont modelé la cohésion de notre diaspora exilée en France.

Le paradoxe du déracinement fut notre formidable capacité d’adaptation au monde occidental qui est un monde de compétition, de concurrence, de conquête dans lequel on nous demande d’aller toujours plus loin, toujours plus haut , toujours plus vite. La civilisation occidentale appartient au monde de l’avoir, le but de la vie est d’acquérir, de posséder: « je possède donc je suis », « quand on a, on est». Atteindre l’objectif de la richesse matérielle, de la réussite financière, de l’ascension professionnelle et sociale donne un sens à sa vie. Cette conception matérialiste de la vie laisse une place très importante à l’ego qui est le Moi, conscient capable maîtriser son destin grâce à son travail, à son intelligence, à son endurance. Atteindre ses objectifs est devenu le but dans sa vie. Le monde de l’avoir est un monde d’illusion car nous vivons en fonction de l’image que nous reflétons aux autres, en fonction de biens matériels qui ne sont qu’éphémères dans le cycle de l’impermanence du changement.

Le monde occidental nous a offert l’opportunité d’accéder aux connaissances scientifiques, de perfectionner nos compétences professionnelles, d’ouvrir notre esprit à une planète en perpétuel changement. Nous vivons en France dans le confort matériel voire dans l’abondance, alors je me suis posée la question

« Pourquoi les gens souffrent-ils tant ? » Ma réponse est que l’Homme a PEUR : Il a peur de perdre ce qu’il a gagné, peur de ne plus gagner assez, peur de n’être pas aimé, peur d’aimer, peur de la différence, peur de l’abandon qui est en fait l’expression d’une autre peur plus existentielle qui est la peur de la mort.

Il y a deux types d’égo qui vous feront souffrir de la même manière : l’égo né du doute que j’appellerai « l’humilité orgueilleuse », il s’agit de ces anxieux perfectionnistes qui ne sont jamais satisfaits d’eux-mêmes ; Ils se remettent en cause perpétuellement à la recherche de la perfection. Il est vrai que le doute a fait avancer les recherches scientifiques, le sens critique réside dans la fragilité du savoir, mais le doute peut également anéantir la confiance en soi, donc l’estime de soi.

Le deuxième égo est né de d’arrogance et d’un certain complexe de supériorité, il est la force motrice de l’ambition et de la conquête, de la puissance et du pouvoir au service d’un idéal ou d’une utopie. C’est un moi faible qui a besoin d’être reconnu pour se sentir aimé. Eternel insatisfait, il ne supporte pas la médiocrité, en permanence il se contrôle comme il contrôle les autres par une tyrannie impitoyable. Cet égo excessif, passionnel est l’amour de soi, irrespectueux des autres, il est nourri par la colère, la peur, la convoitise, la haine, la violence, l’intolérance et le jugement. « Je contrôle donc je suis ».

Arrivée à l’âge de 50 ans, je me suis souvent questionnée « Dans ce monde de souffrance, où se trouve donc le bonheur ? Quel est le chemin qui mène au bonheur ? Comment atteindre un bonheur véritable et durable ?»

Je pense que le Bouddhisme m’a apporté certaines réponses. La civilisation orientale est basée sur le modèle de l’être, un modèle de découverte du Soi, de l’acceptation de Soi et des autres dans leur réalité. Apprendre à mieux se connaître pour mieux s’aimer empreinte le chemin de la perfectibilité qui ne cherche pas à atteindre le but de la perfection parfaitement illusoire car inaccessible.

Etre sur le chemin de la vie est un éternel processus de transformation énergétique, émotionnelle et spirituelle. C’est un cercle sans fin qui vous aspire à l’intérieur de votre Soi véritable, cet être de lumière, de bonté et de liberté, profondément caché en vous. Faire le voyage est plus important que d’atteindre la destination elle-même. Chacun de nous porte en lui le germe de la Bouddhéité. Il brille comme un diamant au creux de votre cœur, il suffit de vous asseoir en méditation pour entrer en communication avec lui, pour dialoguer avec le miroir de vous-même.

Trouver le bonheur tout simplement, içi et maintenant, dans le moment présent, sans se projeter dans l’avenir qui est une illusion, ni rester ancré dans le passé que rien ne peut désormais changer : le temps ne défait pas ce qu’il n’a pas fait, seule l’acceptation de la réalité du passé permettra de cicatriser ses plaies afin de vivre intensément le présent et de construire le futur.

Alors comment gravir le chemin qui mène à la libération de la souffrance ?

D’abord comprendre d’où vient cette souffrance ? Selon mon expérience personnelle les trois principales causes de la souffrance sont l’attachement, l’excès d’égo, le manque d’estime de soi.

La personnalité psychique d’un enfant se construit entre 6 ans et 9 ans, cet enfant s’accroche à l’amour de sa mère pour se sentir en sécurité. Quand son besoin d’amour n’est pas comblé à cause d’une absence, d’un rejet, ou d’un abandon. Arrivé à l’âge adulte, il construira ses relations d’amour selon les schémas

  • de la passion-fusion,
  • possession-dépendance,
  • admiration-compétition,
  • domination-soumission.

Il s’agit toutes de relations de souffrance car elles créent de la dépendance affective. Certains arrivent à surnager en comblant ce vide affectif en créant une autre forme de dépendance comme l’addiction au travail, à l’alcool, au tabac, à la drogue, à la nourriture, à la sexualité. Mais fondamentalement, ils ne trouveront que seulement des substituts ou l’illusion du bonheur mais jamais le bonheur véritable. Un égo démesuré se développe sur l’unique amour de soi, il n’y a pas de place pour aimer ni pour respecter qui que ce soit d’autre.

L’estime de soi est de s’aimer, se respecter, s’accorder de la considération que l’on n’a pas reçu durant l’enfance ; Pour conquérir l’estime de soi, il faut déjà commencer par s’accepter tel que l’on est, développer l’estime de soi nous donne la confiance d’aimer c’est à dire de savoir donner sans rien attendre en retour, mais également accepter de recevoir.

Apprendre à se respecter c’est également rester à l’écoute de notre corps. Notre corps est notre meilleur allié car il nous protège de la maladie si nous savons écouter ses messages d’alerte. Il peut devenir notre pire ennemi si nous persistons à l’ignorer. Tomber malade au fond est un test d’humilité face à notre égo, la maladie psychosomatique nous apprend à respecter nos limites humaines, à lâcher prise afin de préserver l’essentiel qui est la Vie, et c’est déjà le début de la sagesse. La vraie maladie est une forme ultime de l’irrespect de soi.

Le paradoxe extrême de la vie c’est d’apprivoiser la mort pour mieux chérir la vie. Pour avoir la capacité d’aimer et de s’aimer, il faut avoir compris que

  • l’amour qui fait souffrir vient de l’attachement,
  • l’amour qui fait grandir vient de la transformation de la souffrance en compassion, une forme d’amour inconditionnel, universel,
  • l’amour qui guérit est celui qui nous guide vers le détachement.

J’ai voulu partager avec mes « cinquantenaires d’aujourd’hui » ces quelques réflexions philosophiques qui sont mes meilleurs messages d’amour dédiés à vous tous.