Intervention au cours de la table ronde organisée par l’association Bienvenue en France à l’ambassade d’Egypte.

PerceptionJe voudrais témoigner sur ce thème de l’image de soi en tant que femme née à la frontière de deux cultures, en tant que réfugié politique ayant émigré du Laos vers la France, en tant que médecin ayant une double formation médicale. Quand nous parlons d’image, nous parlons inévitablement de notre image intérieure reflétée dans le miroir du regard des autres.

L’image de soi vue de l’extérieur est le plus souvent le résultat d’un conditionnement social, le fruit d’une culture ancestrale, d’une tradition, d’une éducation familiale ou d’une religion. En Asie, l’image sociale prime sur la valeur intrinsèque de la personne. L’image extérieure de soi dépend de ce que vous possédez et non pas de qui vous êtes. Il fallait « coller » à cette image sociale politiquement correcte pour être respecté et pour avoir de l’influence. Car la société asiatique est hiérarchisée selon des critères de prestige basé sur la notion d’honneur d’un nom, d’une famille pour « ne pas perdre la face ». La pyramide sociale est construite sur les préjugés et les jugements, sur l’inégalité des classes, sur la lutte d’influence pour le pouvoir. Le monde de l’image extérieure appartient au domaine de l’avoir et de l’ego.

Au cours de l’exil, la nécessité de m’intégrer à une société occidentale pour survivre et pour me reconstruire fut pour moi une source de conflit émotionnel permanent entre l’image extérieure de soi conforme à la tradition du Laos et l’image intérieure de soi, restée authentique dans la passion de se réaliser grâce aux opportunités offertes par le pays d’accueil. Il fallait s’adapter sans trahir ses racines culturelles, ni l’histoire de sa famille, ce fut un déchirement permanent entre le devoir et la passion.

 

La bonne image intérieure de soi est construite à partir de l’estime de soi. L’estime de soi repose sur la confiance en soi et l’acceptation de sa personnalité profonde, authentique, aux multiples facettes avec ses qualités et ses défauts. C’est la Quintessence de notre Etre qui dessinera notre Destin. La confiance en soi se gagne grâce à l’amour que nous avons reçu de nos parents, cet amour inconditionnel qui nous donne la force intérieure pour se réaliser en tant qu’Etre créatif, réincarné dans cette vie terrestre avec pour seule mission de « devenir meilleur pour la prochaine vie, selon les bouddhistes ». La bonne image de soi renforce l’amour pour soi qui deviendra la fontaine d’amour pour les autres.

Par contre, la mauvaise estime de soi conduit à la dévalorisation permanente de son image intérieure qui mènera à l’addiction compulsive à l’alcool, au sucre, à la drogue, au narcissisme de sa beauté corporelle. Toutes ces dépendances remplissent « un trou sans fond » de désirs insatiables, de plaisirs éphémères impossibles à satisfaire car ce sont les « illusions de l’amour perdu » dans les dépendances affectives. La mauvaise estime de soi nous rend prisonnier de nos peurs et de nos culpabilités (peur du regard et du jugement des autres, peur de déplaire, peur d’être abandonné, peur de n’être pas aimé, peur de ne pas être à la hauteur). La soif de la reconnaissance des autres est une forme de compensation du manque d’amour pour soi. Vivre à travers le regard des autres est l’expression de la recherche éperdue de l’amour que nous n’avons pas reçu,

Alors comment trouver sa place, la véritable image de soi ? Pour atteindre notre Etre intérieur, rempli de lumière et profondément bon, je pense qu’il faut d’abord commencer par comprendre nos souffrances qui sont des étapes nécessaires à notre évolution spirituelle, accepter d’être vulnérable pour devenir invulnérable, puis faire le long chemin du lâcher prise pour accéder à sa liberté intérieure. Comment lâcher prise pour se détacher de ses souffrances ? C’est l’étape la plus laborieuse car elle demande d’abandonner son ego, d’apaiser sa colère, de surmonter sa peur, de digérer sa culpabilité, de briser ses ressentiments pour remplacer la haine par le pardon qui est l’étape ultime de la guérison du cœur. Conquérir l’image de soi c’est accepter d’Etre pour accepter d’AVOIR. La bonne image de soi nous aide à rester vrai avec soi- même, pour savoir donner de l’amour et accepter de recevoir.