Poésie parue dans le journal « SIENG SITHANDONE SAMPHANH », 24 Mars 1989

Flamboyant

Arbre Le flamboyant, peint par Marc Leguay.

Je pense à toi, à la fois si lointaine et si proche,
Toi, si rayonnante de générosité et d’amour,
Toi, si patiente toujours à l’écoute de la souffrance des autres.
Sans toi, je suis comme une fleur sans soleil,
Sans toi, je suis comme un oiseau blessé,
Qui cherche à cicatriser ses blessures.
La souffrance de notre séparation m’a aidée à grandir,
Mais j’ai mal, et j’étouffe de tant de solitude, Maman.

Je pense à toi, si courageuse et si dévouée,
Tu m’as appris que la vie est une lutte pour un idéal,
Tu m’as enseigné le sens du sacrifice jusque- là sans égal,
Tu m’as fait comprendre le sens de ma mission sur terre :
Ma vie sera mise au service de l’Humanité.
Je pense à toi, si compréhensive et si douce.
Tu es mon jardin secret, mon refuge, ma lumière intérieure,
Tu as toujours partagé mes angoisses et mes doutes,
J’ai perdu en toi mon amie, ma confidente, ma consoeur.
Je pense à toi. Je voudrais tellement te parler,
Comme nous le faisions si souvent dans une tendre complicité.


Je voudrais te dire combien mes jumeaux ont grandi,
Ils ont été élevés dans le souvenir de ta vie,
A la frontière de deux cultures et de deux civilisations,
A la rencontre de l’Orient et de l’Occident.
Ils sont l’héritage de ton amour grandissant.
Je pense à toi. A la fois si digne et si humble.
Tu m’as appris à être vraie envers moi-même,
A être honnête avec ma propre conscience,
Tu m’as enseigné à respecter la dignité de l’être humain,
Tu m’as montré comment lui parler avec l’intelligence du cœur
Sans toi, je suis comme une fleur sans soleil,
J’attends ton retour dans la roue éternelle de la Réincarnation,
Et tu brilles en moi, intense comme la lumière spirituelle.
Je pense à toi. En plus de l’apprentissage de l’exil,
Je voudrais te dire combien il m’est difficile
D’accepter ton absence, ton silence,
Et j’ai mal, et je souffre de t’avoir trop et tant aimée….