Ecrit à Muong Khong, province de Sithandone Laos, mai 2004

Amour mèrePar ce joli mois de mai, le long du bord du Mékong et sous les lueurs chatoyantes du crépuscule, je suis assise là, sous les flamboyants en fleur, éclatant dans leur robe rouge orange, et je pense à toi Maman. Tu m’as quittée il y a 18 ans par une nuit glaciale d’un mois d’avril en France et tes cendres reposent sur une Terre qui n’est pas la nôtre. Ce jour-là, ma vie toute entière s’est écroulée, mes convictions se sont effondrées, mes certitudes sont devenues des doutes. Durant ces longues années, j’ai porté le deuil au plus profond de mon cœur, révoltée par cette mort injuste qui t’a arrachée à moi. J‘ai alors cherché à comprendre pourquoi j’ai tant souffert de t’avoir trop aimée, Maman.

Je voudrais partager avec toi le chemin spirituel qui m’a permis de délivrer mon âme de la souffrance. Ce fut d’abord le reniement total de la vérité incontournable que la mort fait partie de la vie. J’ai refusé cette vérité par une fuite en avant effrénée comme un cheval fou de douleur lancé au galop. Je me suis investie à fond dans une hyperactivité sociale et professionnelle, dans un engagement humanitaire dont je ne me serais jamais crue capable auparavant. Le chagrin m’a donné les ailes du désespoir, il me fallait à tout prix combler cet immense cratère volcanique creusé dans le chagrin de ton absence. Puis je devins prisonnière des nombreuses responsabilités que j’ai accepté d’endosser pour rester digne de porter ton héritage, pour réparer ton absence, pour te ressembler Maman, pour perpétuer ta mémoire au sein de la communauté laotienne exilée en France. J’étais devenue une petite souris qui ne pouvait plus s’arrêter de faire tourner sa roue dans sa cage, jusqu’au bout de l’épuisement physique et moral. Combler l’insondable gouffre affectif que fut mon chagrin était devenu une priorité existentielle pour moi durant cette période de ma vie.

 

Poème écrit après la naissance de Manométa, avril 1990

Fleur de frangipanierMon cœur de compassion, ce nom s’inscrit dans ta destinée comme une mission. Tu es arrivée par une belle journée d’avril, quand les prunus en fleurs et les mimosas gorgés de sève éclatant de vitalité, loin, très loin de la terre de nos ancêtres, le Laos de la sérénité éternelle, ce pays brodé de lumières. Tu portes en toi le souvenir de Sithandone, « la Province des Quatre Mille Iles », où le Mékong indompté, tumultueux tombe en cascades grandioses, où le parfum des rizières se mêle aux lueurs chatoyantes du crépuscule. Tu descends d’une famille élevée dans la tradition de l’amour du pays et de morale bouddhiste.

Enfant chérie, désirée, tu as cicatrisé les blessures d’une souffrance enfouie. Tu es le symbole de la Réincarnation de la vie après la mort, la mort injuste d’une mère admirée, adorée, dont la vie fut à la fois un exemple et une leçon de courage, de sagesse et de sacrifice, à l’image de la fleur de lotus émergeant de la boue pour s’ouvrir à la lumière.

Poisson Yin YangIl est à portée de la main, ce bonheur que l'on capture au vol comme un papillon. Ces moments de bonheur exquis, unique, éphémère que l'on savoure comme un moment d'éternité, comme les souvenirs de jeunesse.

SOMPHATHAY, ton nom partage ma vie et mon intimité depuis 25 ans, il reflète ta personnalité et sans doute ton destin. Somphathay signifie les « vœux exaucés »

S comme Sagesse, Sérénité, Sourire qui sont le reflet de ta personnalité, calme et posée. Tu as su apaiser mon angoisse et mes tourmentes. Selon l'astrologie chinoise, tu es né sous le signe du Serpent, ce serpent sensuel, sensible et secret, ton sourire et sa charmante petite fossette m'ont séduite

O comme ouverture d'esprit. Tu aimes les voyages, la découverte d'horizons nouveaux, l'évasion au bord du sable fin sous les cocotiers.

Poésie parue dans le journal « SIENG SITHANDONE SAMPHANH », 24 Mars 1989

Flamboyant

Arbre Le flamboyant, peint par Marc Leguay.

Je pense à toi, à la fois si lointaine et si proche,
Toi, si rayonnante de générosité et d’amour,
Toi, si patiente toujours à l’écoute de la souffrance des autres.
Sans toi, je suis comme une fleur sans soleil,
Sans toi, je suis comme un oiseau blessé,
Qui cherche à cicatriser ses blessures.
La souffrance de notre séparation m’a aidée à grandir,
Mais j’ai mal, et j’étouffe de tant de solitude, Maman.