Récit écrit au retour de ma mission humanitaire le 11 septembre 1989.

LaosAprès quinze ans d’exil en France, ce fut une intense émotion pour moi que de retrouver ma patrie, le Laos ou le Royaume du Million d’Eléphants et du Parasol Blanc. Le Laos, mon pays de paix et de tolérance a brutalement resurgi à ma mémoire après tant d’année de silence, de souffrances ignorées, victime de cette guerre oubliée qui n’était jamais la sienne, à l’image de l’Indochine déchirée par les luttes d’influence des super puissances.

A la mémoire de ma Mère et dans le souvenir de ce que fut sa vie, la mienne sera également une mission. Dans l’avion qui m’emmenait de Paris à Bangkok, j’eus le sentiment soudain de participer entièrement au destin de mon pays : « Manola, Princesse de légende et Femme Oiseau à l’origine de mon prénom, venait de mettre ses ailes pour s’envoler vers la Terre de ses Ancêtres ».

Je quittais le cœur pincé, mes petits jumeaux de cinq ans, ces petits yeux en amande, nostalgiques de voir partir leur Maman si loin pour la première fois. Je laissais derrière moi tous les soucis de la gestion d’un cabinet médical pour vivre la plus extraordinaire aventure humaine de mon existence.

Article publié dans le journal de l’association Soutien aux réfugiés laotiens en décembre 1993.

OffrandesInexorablement, 18 années d’exil ont fini par creuser une génération d’écart entre la nostalgie du Laos d’hier et les réalités du Laos d’aujourd’hui, telles les vagues de la mer repoussant l’embarcation loin du port d’attache. Mais inlassablement, resurgit du fond de ma nostalgie cette recherche éperdue de mes racines. Au fond de moi même, brûle encore cette petite flamme qui s’appelle conscience.

Conscience et prise de conscience d’appartenir à une tradition, de partager une culture, de transmettre un héritage, trois symboles de valeurs morales et spirituelles sauvegardant l’âme d’un peuple.

Enclave dans la péninsule Indochinoise : le Laos vit dans sa destinée d'Etat tampon

Le plus petit Etat de l’Asie du Sud Est par sa population (4,2 millions d’habitants), et par sa superficie (236 800 km2), le Royaume du Million d’Eléphants et du Parasol Blanc est une terre de communication entre deux mondes. Au Nord et à l’Est du Mékong, deux pays de culture chinoise : la Chine et le Vietnam. A l’Ouest le Laos a subit comme la Birmanie, la Thaïlande et le Cambodge, l’empreinte de la culture indienne grâce au Bouddhisme. Terre de convergence de deux cultures qui s’interpénètrent harmonieusement pour créer l’identité de la Nation lao, une mosaïque d’ethnies, de dialectes, qui ont fait la richesse du pays malgré sa diversité.

Enfant du LaosMon Père m'a fait découvrir et transmis la passion pour ces iles dispersées à travers la province de Sithandone comme un collier de perles fines. SITHANDONE signifie la province des Quatre Mille Iles. Nous les visitions en canöe à moteur, une par une sans exception. Ces iles s'appellent Done Say, Done Sanh, Done Deth, Done Deng, Done Hi, Done Phimane et bien d'autres encore comme Done Sang Phai, Done Khamao, Done Somphou, Done Long, Done Lopadi. La musique de leurs noms si poétiques berce encore mon cœur d'enfant d'une mélodie nostalgique que chantent si bien les " Mô Lam de Sithandone".

Done Khong en particulier est douée d'un mystère envoûtant qui lui donne des vibrations magiques. Ma mémoire d'enfant s'est imprégnée du parfum du riz fraichement récolté et des fleurs de gardénias que les femmes offrent au Bouddha les jours saints de pleine lune. Réveillée par le chant lointain du coq ou le cri lugubre du corbeau, je méditais chaque matin sur la véranda de mon grand-père tournée vers le Mékong.

Enveloppée par le silence de l'aube, je me sentais proche de la sérénité divine, celle qui vous montre la vérité du cœur. Mes yeux sont encore remplis de la vision nostalgique du crépuscule chatoyant sur les flots tumultueux du Mékong. Les plongeons dans les eaux limoneuses du fleuve en crue au mois d'août sont mes souvenirs de vacances les plus croustillants. Les enfants parcourent l'ile en vélo, à la découverte de grottes cachées ou à la recherche du murmure cristallin des ruisseaux descendant des montagnes.